Affichage des articles dont le libellé est Politique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Politique. Afficher tous les articles

mercredi 11 septembre 2019

Vivons nous sous une dictature ?

Biarritz
Sommet du G7, certains promettaient l'enfer. Ils sont repartis la tête basse 

C’est ce qu’ont voulu dire, en filigrane, ceux qui ont animé le contre sommet du G7 qui s’est tenu à la frontière franco-espagnole, il y a quelques semaines. Il faut toutefois comprendre à travers leur dialectique bien huilée, qu’en affichant comme une vertu leur anti-capitalisme, les tenants de cette gauche radicalisée qui a troqué l’idéal productiviste au profit d’un écologisme planifié restent fondamentalement acquis à la doctrine marxiste la plus conservatrice.

Biarritz à feu et à sang, le côté pile de l'altermondialisme
De ce point de vue, tous les chefs d’état qui se sont retrouvés, fin août, à Biarritz représentent les régimes à combattre, sous prétexte qu’ils spolient les peuples, qu’ils exploitent la planète sans vergogne, détruisant allègrement  l’environnement dans leur course effrénée au profit. On entend bien le discours, même si les altermondialistes qui estiment leur lutte légitime se heurtent toutefois à ce que les membres du G7 ont en commun, c’est-à-dire la démocratie. Rappelons simplement que les chefs de gouvernement des pays les plus industrialisés le sont du fait d'élections pluralistes. 

Les altermondialistes, pour que tout le monde soit beau et soit gentil
Les anti-G7 ont eu tôt fait de critiquer la présence massive de forces de l’ordre, y voyant la preuve que le pouvoir en France est devenu autoritaire et bafoue la constitution en limitant le droit de manifester. Là encore, on comprend le discours. Sauf que l’histoire de ces derniers mois a prouvé que ce droit de manifester a été dévoyé, devenant surtout un droit de casser. On ne compte plus les centaines de millions d’Euros de destructions et de saccages de toutes sortes qui ont, notamment, émaillé les déploiements hebdomadaires des Gilets Jaunes. Accusé de s’être fait régulièrement débordé par les mouvements ultra- gauchistes et des "black bocks" unis dans une même haine de la démocratie, le Ministère de l’Intérieur a mis, cette fois, le paquet, conscient que les télés du monde entier ne manqueraient pas de relayer les éventuelles violences de la rue, sachant leurs abonnés friands de ce genre de spectacle. Certains se préparaient déjà à provoquer les forces de l’ordre espérant d'elles des réactions suffisamment violentes pour démontrer en les diffusant sur les réseaux sociaux que le gouvernement tend à instaurer un régime totalitaire.

On annonçait un sommet pour rien
Pari perdu
Or, de ce sommet des « dictatures » capitalistes est sorti un vainqueur, devinez-qui, celui-là même qu’il y a six mois encore, espéraient voir pendu haut et court ceux qui s’étaient auto-proclamés la voix de le France, à savoir le président Emmanuel Macron, le prétendu imposteur . Cette sémantique confinerait à la sémiologie si elle n’émanait de la philosophie très « art brutal » des ronds-points. Malgré des mois de mobilisation, on n’était toujours pas parvenu à lui trancher la tête mais on se vengeait en le voyant isolé face aux populistes triomphants, prêchant dans le désert, voué à échouer dans la vanité de ce nouveau monde qu’il avait imaginé, affublé d’un ego plus propre à agacer qu’à plaire. Bref, c’était l’échec annoncé, surtout espéré. A la veille du sommet, tous, politiques de gauche et de l’ultra-droite, écolos radicaux s'étaient appropriés les plateaux télé pour railler ce sommet aussi bunkerisé qu’inutile et coûteux. On y préférait à ce moment là les gentils altermondialistes et leur contre-G7, y trouvant de la sincérité, y ressentant de l’espérance, y entendant des idées nouvelles, y décelant le monde de demain. Or, à lui seul, le président français a tout chamboulé. D’un sommet convenu et stérile, il en a fait un suspense plein d’imprévus et de rebondissements, reléguant ceux qui pensaient lui faire la peau à un rôle pathétique d’opposants si frustrés qu’ils ont cru bon de justifier la violence pour faire triompher leurs idées. Marginalisés, décrédibilisés, les altermondialistes qui pensaient tenir le rôle vedette ont même fini par jeter l’éponge, renonçant à leurs grandes manifs du dernier jour.

On ne va pas refaire le monde, on n’en a pas les moyens mais reconnaissons que, dans un contexte aussi tendu que celui que Donald Trump impose à l’emporte- pièce à travers ses tweets impétueux, souvent irréfléchis, maîtriser l’Anglais donne un avantage certain. 

Un G7 sous François Hollande
Beaucoup de sourires pour peu de résultats
C’est peut-être là aussi une des clés du succès de notre président. Souvenons-nous juste de François Hollande lors des sommets du G7, un simple figurant, exprimant par des mimiques et des sourires son assentiment à des discussions dont il ne comprenait rien si un traducteur n’était pas à ses côtés. Là, on peut le dire, on est passé dans un nouveau monde et même si l’opposition a vite fait de chercher la petite bête, qu’elle reste bien là où elle est, car il y a fort à parier qu’avec ses représentants aux commandes, la France ne tarderait pas à retrouver son rôle d’accessoire. De toute les manières, des Républicains aux Insoumis en passant par le RN, tous ont annoncé le couleur, le G7 deviendra bientôt le G6 une fois que notre pays s’en sera retiré. La preuve par 9 que si le malheur les voyait parvenir aux responsabilités, ce ne serait plus le G7 qui ne servirait à rien mais bel et bien la France.

Les anti-G7 auront failli dans leur volonté de proposer une autre vision du monde. Est-ce regrettable? Cette auberge espagnole qui dissimule sous un écologisme de façade une idéologie fortement imprégnée de marxisme laisse dubitative une immense majorité de nos concitoyens. Qu’on le veuille ou non, la France est capitaliste dans l’âme, dans ses structures, dans sa constitution. Le capitalisme que d’aucuns s’obstinent à confondre avec les multinationales et le CAC 40 baigne en fait toute la société française grâce à cette liberté accordée à chacun de créer sa propre entreprise. Ce n’est un secret pour personne qu’un Jean-Luc Mélenchon est opposé à cette liberté, qu’il juge contradictoire avec l’esprit de la lutte des classes hérité de la révolution industrielle du 19ème siècle. 
Constatant l’échec de leur contre-sommet, les altermondialistes, tout au moins une bonne partie d’entre eux, ont estimé que dans un cadre démocratique normal, c’est-à-dire en passant par les élections, ils resteraient toujours fortement minoritaires. C’est pourquoi, c’est à leur yeux l’usage seul de la violence qui permettra d’imposer leur vision du monde. 

D'un côté les gentils, de l'autre les méchants et vice-versa
On n’est pas loin de l’esprit de la révolution d’octobre 1917 en Russie, où après la chute du tsar, le gouvernement inspiré des démocraties d’Europe occidentale qui avait suivi s’était vu liquidé par une minorité armée et fortement structurée :  les Bolcheviks . C’est par la violence qu’ils s’étaient emparés du pouvoir, éliminant physiquement les uns après les autres tous les tenants d’une transition démocratique. Oui, la violence paye. Les faits l’ont souvent prouvé. Les Gilets Jaunes en sont, par ailleurs, une des dernières illustrations. Ils ne se sont pas gênés pour crier haut et fort que c’est par la violence de leurs manifestations qu’ils ont obtenu les milliards d'Euros de la part du Président de la République, espérant d’encore plus de violences davantage de concessions, jusqu’à, peut-être, la prise de l’Elysée. 

Un héritage de Mai 68 toujours vivace plus de
50 ans après
Vues de cet angle, les forces de l’ordre sont assimilées à une véritable garde prétorienne ; non plus comme les garantes des lois de la République mais plutôt comme une bande de mercenaires profitant des moyens mis à sa disposition pour mutiler ou tuer si nécessaire tous ceux qui oseraient se lever contre ce pouvoir usurpé auquel elle a fait allégeance. La police que, comme chacun sait, « tout le monde déteste » est, depuis ces dernières années, la cible privilégiée des mouvements dits révolutionnaires (d’inpiration trotskiste, léniniste, voire staliniste) dans la mesure où elle symbolise la force, c’est-à-dire la contrainte, la coercition ou la répression, des missions qu’ils jugent contraires à l’esprit libertaire qu’ils prétendent incarner. L’ordre est, pour eux, ce mot honnis évoquant les tristes mouvances d’extrême droite, avec en mémoire le groupuscule Ordre Nouveau. Quand on dit ordre, on voit encore les troupes nazies défiler au pas de l’oie sur les Champs-Elysées, on voit tomber les otages fusillés par les SS ; l’ordre : une notion par ailleurs si chère au Rassemblement National qu’elle est devenue corollaire de fascisme ou de dictature pour la gauche radicale. On adore mélanger les genres tant que c’est pour la bonne cause, c’est-à-dire la sienne. D'où cette façon de considérer le maintien de l’ordre comme l’expression du fascisme, là encore le mot qui fait peur tant il reste associé à la Seconde Guerre Mondiale et à son cortège d’horreurs.

C’est à présent la rentrée, et de retour de vacances, les Gilets Jaunes relancent la machine de guerre. A peine deux à trois mille indécrottables toujours prêts à faire tout péter, au nom d’on ne sait plus trop quoi. « Ils ne nous écoutent pas » disent-ils, mais en fait, qui n’écoute pas qui ? Un peu de patience, dans six mois vont avoir lieu les élections municipales. Une occasion pour ceux qu’on n’écoute pas de se faire entendre, si tant est qu’ils aient quelque chose à dire en dehors de « Macron démission ! ».

lundi 22 juillet 2019

Nadine Morano, dans les pas de Donald Trump


L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy s’est souvent fait remarquer pour son parler dru et son goût pour la polémique. Se définissant comme une femme de la droite, austère, conservatrice et obstinée dans ses convictions, elle cultive, depuis longtemps, la causticité pour qualifier ceux qui s’affranchissent de la ligne du parti.

Nadine Morano
Le parfum de vengeance de la Dame en Noir
Elle vient aussi de montrer qu'elle sait s'inspirer de la méthode de son modèle Donald Trump, consistant à renforcer les clivages pour mieux en tirer bénéfice. Le Président Américain a bien compris que c'est en lui offrant des boucs-émissaires en pâture, qu’il pouvait galvaniser, pour ne pas dire fanatiser sa base électorale. Il s'est choisi pour cela quatre élues démocrates issues de la diversité, leur demandant clairement de retourner d'où elles viennent sous prétexte que leur profil ne correspond pas celui des vrais Américains, pas les Sioux ni les Apaches, mais les anciens colons blancs d’origine européenne, les pionniers qui ont fait des Etats-Unis la puissance qui éclaire le monde armés d’une Bible et d’un fusil.

Pour Nadine Morano, la droite française peut revenir au pouvoir à la condition qu'elle prenne exemple sur la manière dont Donald Trump mène ses campagnes, se servant notamment du réseau Twitter pour dégainer ses accusations et ses commentaires fielleux, ce qu'en Anglais on qualifie de "borderline", tenant d'une doctrine évoluant souvent à la frontière du racisme, tout en s’en défendant. Procureur par réseaux numériques interposés, Trump fait et défait les carrières des uns et des autres, condamne ou élève au pinacle, selon son gré ou son humeur. En s’en prenant violemment à des élues démocrates de couleur, exigeant ni plus ni moins d'elles qu'elles fassent leurs valises du simple fait qu'elles sont en désaccord avec sa politique, il marque le tempo d'une nouvelle ère où vont prévaloir les critères raciaux, pour ne pas dire racistes. C'est tout ce qu'il désire sachant que la radicalisation des comportements peut le servir mieux qu'une attitude de consensus, jugée trop molle pour ne pas dire faible. Et c’est avec le slogan « Send Them Back » (Renvoyez-le) repris en choeur par des supporters déchaînés qu’il a terminé son dernier meeting à Grenville (NC).

Restée dans l’ombre depuis la débâcle des Républicains de François-Xavier Bellamy aux Européennes et surtout la gifle que lui a infligée Viktor Orban, en s’alliant avec Emmanuel Macron pour faire élire Ursula Von de Leyen à la présidence de la Commission Européenne alors qu’elle l'avait vigoureusement soutenu lorsqu’il avait été exclus du PPE, Nadine Morano reparaît d’un coup à la lumière.

Sibeth N'Diaye
Bleu, blanc, rouge, une indignité selon Nadine Morano
Elle a choisi sa cible, Sibeth N’Diaye, la porte-parole du gouvernement. Et fidèle à sa marque de fabrique, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère. « Une Sénégalaise bien née, Française depuis peu, une femme vêtue en tenue de cirque, indigne de la fonction gouvernementale ». Nadine Morano l’accuse aussi d’avoir de grosses lacunes en matière de culture française. De quelle culture française parle-t-elle, d'ailleurs ? Le sujet est trop vaste pour le résumer à une petite phrase. 

Pour rappel, le grand-père de Sibeth N’Diaye faisait partie des fameux tirailleurs sénégalais, ces troupes auxiliaires de l’armée française qui ont acquis leurs titres de gloire lors des conflits auxquels la France a participé. Elle a fait ses études en France et possède suffisamment de diplômes supérieurs pour ne pas être confondue avec une épicière du marché de Kermel, malgré tout le respect que méritent les épicières de Dakar. 

Nadine Morano ne devrait pas oublier qu’elle a, elle-même, fait partie d’un gouvernement dans lequel figurait une certaine Rama Yade, une Sénégalaise native de la banlieue de Dakar naturalisée française à sa majorité. De toute façon, le Sénégal, pays francophone, patrie de Léopold Sédar Senghor, qui abrite toujours des forces militaires françaises ne justifie pas l’image teintée de mépris qu’en renvoie Nadine Morano. 

Dans les années 60, les robes à fleur se portaient
très bien sans faire polémique
Le fait d’insister sur les origines africaines de Sibeth N’Diaye est, bien sûr, le bon prétexte pour s'en prendre à ses tenues vestimentaires. On sait que les Sénégalaises ont un goût pour l'extravagance et les couleurs chatoyantes, mais, comme l'affirme Mme Morano, il n'a pas de place pour les les robes à fleur quand on est gouvernement. Y aurait-il désormais un "dress code" particulier pour les femmes politiques? Et pourquoi pas un uniforme ? Là encore, la députée LR se conforme aux invectives de son maître à penser Donald Trump vis à vis des 4 élues démocrates dont il veut faire ses souffre-douleurs. Elles sont effectivement issues de l’immigration et n’ont pas le look de la cow-girl des Appalaches, figure iconique de l’América Great Again

Sibeth N’Diyae n’a assurément pas l'apparence de la Bigouden ni de l’Arlésienne, mais en est-elle blâmable pour autant ? On sent bien dans le tweet de Nadine Morano qu'il y a pour elle incompatibilité entre la couleur de la peau et la dignité de la fonction. Quand on est noir, on ne peut être porte parole du gouvernement d'un pays dont les racines sont blanches et chrétiennes. C’est même un contresens pour certains, voire une trahison pour ceux qui défendent l’idée d’une France unicolore. Dussé-je rappeler à ces gens-là qui vivent très mal de voir une « black » parler au nom du Président de la République sur le perron de l’Elysée qu’il fut un temps où ceux qui parlaient au nom de la France étaient aussi des blancs de bonne famille, ils s’appelaient Pétain, Laval, Doriot, Darnand et toute la clique des collabos qui se prosternaient devant les nazis. En matière d'uniforme, ces gens-là en savaient quelque chose.

Je dirais au contraire que Sibeth N’Diaye a du cran et que si elle affiche des tenues chamarrées, c’est pour montrer qu’elle défend aussi des valeurs plus universelles. Sans trop m'avancer, je pense que la personnalité de Sibeth N'Diaye joue en faveur de la France dans le cadre de ses relations avec le continent africain et qu'elle peut même revêtir la forme d'une reconnaissance auprès de populations souffrant souvent d'une forme d'ostracisme.
Il y a bien sûr une certaine malignité dans le choix de ses vêtements, voire même une part d'outrance, mais n’est-ce pas là le signe d’un tempérament obligé, pour se faire respecter, de ferrailler contre des adversaires qui ont du mal à voir une femme noire loin de ses fourneaux, et ils sont toujours nombreux. Personnellement, je trouve son style audacieux et plutôt redoutable dans le genre, car c’est par ce biais qu’elle piège ses détracteurs en profitant de ce qu'ils se concentrent sur la critique de la forme pour faire passer son message sur le fond. Pas folle la guêpe!
Sa coiffure exagérément Afro est, dans la même veine, un pied-de-nez au conformisme guindé dans lequel sont cloisonnées les femmes politiques, forçant le trait pour bien rappeler qu’en politique, celles-ci sont d'abord jugées à la tribune sur leur apparence tandis que leurs collègues masculins le sont sur ce qu’ils disent.

Et puis, comment ne pas nous arrêter un moment sur le coup magistral du kébab. Nadine Morano est tombée dans le panneau, pensant avoir les Français derrière elle. C'est-ce qu'elle dit mais on a bien compris depuis des mois que la France est partagée entre le tiers qui vote Macron et les 2/3 tiers restant qui sont contre. Cela ne veut pas dire que c'est parce qu'ils sont contre Macron qu'ils votent Morano. C'est comme avec la culture, de quels Français parle-t-elle? Des Gilets Jaunes, de toute évidence, du côté sombre de la France. La culture culinaire de Sibeth N’Diyae est moins celle du Thieboudienne ou du poulet Yassa de son pays natal que celle des Resto U du temps où elle était étudiante: saucisse-purée, rôti de porc coquillettes, poisson pané-riz, etc…. Le kébab, que l’on mangeait il y a vingt ans dans un papier blanc façon boucher, en déambulant entre la Fontaine St Michel et l'Odéon a été pendant longtemps un incontournable du Quartier Latin et de ses rues où l’on pouvait savourer à toute heure crêpes, croque-monsieur et gaufres.

En dehors de Robert Ménard, vexé que Benoit Hamon soit venu à Béziers sans
même daigner le voir, le kébab n'a pas fait de polémique.
C'est peut-être la comparaison avec le homard qui aujourd'hui ne passe plus.
Tout cela ne vaudra jamais un oeuf-mayo maison et sa ciboulette du jardin
Le kébab, selon son inventeur turc, c’est une colonne de viandes épicées, plus appétissante grâce aux parfums qu'elle renvoie de la cuisine orientale que par son affreux aspect bidochard. Elle tourne lentement sur une une broche verticale et c'est avec le coup de main ajusté et à l'aide d'un couteau suraiguisé que le préparateur découpe des lamelles de viande qu’il recueille une à une dans un  pain tranché en deux ; il y ajoute de l’oignon cru et une sauce relevée à base de yaourt grec, de ciboulette et d’échalotes. Pour les étudiants, et notamment ceux qui fréquentaient assidûment les associations de gauche, c’était exotique et pas cher, même s’il restait en bouche comme un puissant goût d’oignon. Certains en ont conservé un souvenir attendri comme Benoît Hamon qui s’est fait prendre en photo à Béziers dégustant, selon lui, le meilleur kébab qui soit. Sibeth N’Diyae aurait pu aussi bien parler de jambon-beurre ou de rillettes-cornichon mais là encore, tous les racistes qui guettent devant leur écran la moindre déclaration prêtant à caution pour envoyer leurs messages haineux et vindicatifs y auraient vu mille raisons de l’attaquer sur le scandale qu’une « black » ait son mot à dire sur de la bouffe bien franchouillarde. Le kébab, c'était tout juste finement joué.

En conclusion, nous voilà entrés, nous aussi, dans cette guerre des tweets inaugurée par Donald Trump où l’on ne s’embarrasse plus de formules alambiquées pour taper sur son vis-à-vis. La politique est devenue une arène où l’on sème les anathèmes et l’on crache à la figure de l’adversaire, le tout devant un public de millions de pseudos, rivés à leur smartphone, soutenant à coups de « like » ou de smileys, leurs champions respectifs. C’est comme ça que l’on gouverne le monde de nos jours. Nadine Morano a, en tout cas, compris que l’avenir se joue dans le politiquement incorrect. Thanks Mr Trump !

mardi 16 juillet 2019

François de Rugy écaillé par "Médiapart"


On sait que, lorsqu’elle est à la peine, la presse politique souffre d’un besoin pressant de se trouver une tête de turc, histoire de maintenir le rapport de forces en sa faveur. Médiapart est dans le genre un véritable modèle, sélectionnant habilement ses cibles afin d’être sûr de faire mouche. Le seul problème est qu’on n’est là, moins dans le souci de brocarder les manquements à l'éthique que dans celui de se faire de la publicité. 

Edwy Plenel, fondateur de Mediapart
Gare à celui qui se prend dans ses
griffes
Cela ressemble à cette époque bénite de notre enfance, quand à la fête foraine, il y avait un stand de tir où l'on pouvait se prendre pour Davy Crockett, armé d'un fusil à fléchettes en caoutchouc. Des silhouettes de personnages et d’animaux défilaient lentement laissant à chacun le choix de celle qu'il allait renverser. Le principe du jeu n'a pas changé, aujourd'hui ce sont les hommes politiques (pas trop les femmes) qui défilent en boucle. Et c’est la tête d’Antoine de Rugy qui vient de passer devant viseur d’Edwy Plenel
Pan ! En plein dans le ministre. La moustache plus stalinienne que jamais, Il ne lui en fallait pas plus pour savourer sa nouvelle victime du combat qu’il livre contre ces élus de l’élite qu’il abhorre. Médiapart, c’est un peu Le Canard Enchainé avec l’humour en moins et le trotskisme en plus. C’est aussi, pour survivre dans cet univers impitoyable qu'est l'information, la nécessité de maintenir son fonds de roulement en fournissant toujours plus de grain à moudre à ses abonnés, au point de tomber dans la barbouzerie en allant faire à la lampe de poche les poubelles de la République. La fin justifie les moyens, selon une formule attribuée à Machiavel et dont Robespierre s’était fait une doctrine. C’est aussi un maître-mot pour Edwy Plenel. Nul n’est, selon lui, à l’abri de la présomption de culpabilité ni de l’accusation publique, et peu importe que des têtes innocentes tombent, l’important est de savoir que le péché originel de la démocratie est d’accorder trop de place au bénéfice du doute. 
Pour Médiapart, les élus politiques sont par essence corruptibles et corrompus, car c'est par tricherie et tromperie qu’ils accèdent aux responsabilités. Dans cette logique redondante du "tous pourris", on ne serait élu qu’en trichant plus que les autres. Cette radicalité jette toutefois une ombre sur la sincérité de ce site d’investigation dont on apprécie plutôt la qualité des enquêtes sur des sujets sensibles à l’international autant qu’en France. 

Financement libyen de la campagne de Sarkozy
Nuire à l'adversaire à partir d'un "fake" est malheureusement un sport auquel souscrit
aussi Médiapart
Rappelons-nous simplement la révélation, entre les deux tours de l’élection présidentielle 2012, de ce document échappé comme par miracle des archives de l'ancien gouvernement libyen mentionnant une contribution de 50 millions d’Euros en soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy. C’était de toute évidence un montage grossier en forme de lettre anonyme mais Médiapart s’est jeté dessus comme la pauvreté sur le monde. Difficile de savoir si c’est suite à l’article de Médiapart que Sarkozy a été battu mais il a été battu. 7 ans après, on en est toujours au même point sur cette affaire de millions libyens même s’il ne fait plus aucun doute qu’il s’agissait d’une simple vengeance. Ils étaient nombreux alors en Libye dans l’entourage de Mouammar Kadhafi à vouloir la peau de "Sarko", ce blanc-bec qui s’était permis d'inviter le dictateur en grandes pompes à Paris à un moment où il voulait s’imposer comme le président des états de la Méditerranée avant de lui envoyer ses commandos pour l’éliminer dans les circonstances qu’on connaît. Dans le clan Kadhafi, comme dans d’autres d’ailleurs, la figure du traître est tout ce qu’il y a de plus méprisable, elle doit être éliminée physiquement ou par défaut en effigie. Devenu persona non grata, Nicolas Sarkozy a été de la sorte explulsé de l’Elysée, cédant la place à un François Hollande, étonné lui-même d’y être arrivé, presque sans combattre.
Médiapart dénonce, Médiapart jette aux fauves mais inversement, Médiapart ne supporte pas de n’avoir pas toujours raison. Et lorsque c’est le cas, la vengeance finit par frapper par surprise, froide et impitoyable. Vexé sans son immense amour propre, Edwy Plenel attendait son heure depuis les révélations sur son ami Tariq Ramadan. Ce conférencier apologiste d'une application littérale de la charia, réputé pour son intransigeance en matière de moralité, s’était fait épingler et jeter en prison, accusé de n'être en réalité qu'un prédateur sexuel, un tartuffe instrumentalisant le Coran pour mieux assouvir ses pulsions. Suite à cette affaire, la parole de Médiapart en avait d’autant plus accusé le coup qu’Edwy Plenel s’était personnellement mouillé dans une relation ambigüe avec ce représentant de l’islamisme le plus rigoriste. C’était au temps où Médiapart voyait en M. Ramadan un modèle de déontologie, un nouveau Spinoza capable de formater la société idéale du XXIème siècle. Le site a dû se résoudre à faire profil bas une fois que son icône estampillée « Frère Musulman » aie mis au jour le visage hideux de la duplicité. On reconnaîtra toutefois à Médiapart sa fidélité sans faille à des amis dans la tourmente car il aura fallu bien des témoignages accablants contre M. Ramadan pour que son directeur de la publication admette avoir été trompé sur la marchandise. 

Depuis ce faux-pas, on savait que Monsieur Plenel n’en resterait pas là. Il lui fallait trouver un coupable susceptible de payer pour l’affront subi. Ils ont eu la peau de son ami Tariq, ils ne l’emporteront pas au paradis. Sauf que les choses ne se passent jamais comme on l’imagine.
Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, c’est récemment Bernard Tapie qui s’est vu relaxer par la Justice malgré un acharnement tous azimuts de la part de Médiapart. Lui qui aurait du finir au pilori, lui qui a floué les banques (ce pour quoi il mériterait une médaille tant c’est d’ordinaire mission impossible), lui qui a arrosé les juges lors d’une procédure d’arbitrage arrangée de toutes pièces, lui qui aurait dû finir clochard et qui renaît tel le phénix, lui qu’il fallait une bonne fois pour toute couper en morceaux et disperser comme autrefois aux quatre coins du pays, le voilà exonéré de toutes charges retenues contre lui. Innocenté ! Ah! non, pas ça! pour la machine à laver Médiapart, le déshonneur est si grand que l’on crie de rage « Vite, une tête, il faut couper une tête ».

François de Rugy et son épouse
Etre élu de la République est une responsabilité et non un privilège de
droit monarchique.
C’est tombé sur François de Rugy. De tous les ministres, députés, hommes ou femmes politiques placés sous observation par les cellules d’investigation de Médiapart, il avait tous les airs de la proie idéale, isolée, sans appareil politique prêt à monter au créneau, agneau plus que loup, en moins d'une semaine, il passerait à la trappe. Qu'on se le dise, on est à mille lieux des millions de Raymond Barre et Jérome Cahuzac, ni même des emplois fictifs de la France Insoumise ou du Rassemblement National, encore moins des villas de Patrick Balkany, aucun euro d’argent public détourné, aucun enrichissement personnel, même pas un jet privé ou des costards de luxe, juste une carte bleue qui a un peu trop fumé. 

En fait rien, une banale histoire de "Petite Bouffe" entre gens de bonne famille comme on en connaît depuis toujours dans les arrondissements bourgeois de la capitale. Sauf que dans un pays qui a imposé à tous le menu au pâté de foie Lidl (made in Bulgarie) et le Star kebab (+ frites, oignons et sauce blanche à la mode on ne sait pas d'où ça vient mais c'est fichtrement bon), le contenu de l'assiette ne manquerait pas faire des envieux. Pire, il y avait du Bordeaux, un vin normalement réservé aux oligarques russes et aux dignitaires chinois. On aurait pu choisir un Bourgueil ou un Juliénas, mais un Bordeaux, mon dieu! quel erreur de casting ! Concernant les menus prétendument fastueux, ce n'était tout de même pas la Rome Antique ni la table du Grand Condé, des personnalités invitées ont parlé d'un buffet avec petits-fours salés, canapés « cochonou » beurre d’Isigny cornichons "Marc", bof et triple bof ! ah ! oui, en cherchant bien, ils se sont souvenus qu'il y avait des homards. D’un si beau rouge vif que c’était à croire qu’ils étaient faux. Des homards bretons ?  Pas possible, on ne produit plus rien en France hormis des fonctionnaires, des chômeurs et des Gilets Jaunes. Ces homards devaient être canadiens, encore un des effets secondaires de cet accord du CETA qui condamne à mort l’agriculture française. Tout cet étalage pour quoi, en somme? 

Le homard de François de Rugy.
Comme à Versailles, le prince invite, le peuple trinque
Mauvaise pioche 
Après tout, on peut inviter qui l'on veut chez soi, surtout quand c'est pour la bonne cause. Reste à savoir à qui revient le privilège de payer l'addition. Maintenant, affirmer comme le fait Médiapart qu'à l'Hôtel de Lassay, on se tape grassement la cloche aux frais de la princesse reste encore à prouver. Il est bien sûr tentant de se prendre pour un monarque quand on loge sous les ors de la République mais on n'est plus au temps du Président Lebrun ni même de Valéry Giscard d'Estaing, aujourd'hui, les triplés Facebook, Instagram et Twitter ont l'oeil sur tout. Le couperet vient donc de tomber, la brochette de homard s'est coincée en travers la gorge. François de Rugy passe, certes, pour une personne éminemment sympathique mais il aurait confondu élu et parvenu. Sachant que Médiapart est un spécialiste du teasing, une façon de maintenir en haleine le lecteur en distillant jour après jour une nouvelle révélation plus croustillante que la précédente, les homards n'ont servi qu'à mettre le chaland en appétît, dans l'attente de la piqûre mortelle, celle qui met KO. A ce jeu, le renard Mediapart a fini par se faire de Rugy l'oiseau naïf, tombé, non pas pour la France, mais pour avoir cru un peu vite que c'était arrivé. Et s'il s'est livré à de petits tripatouillages selon lui de peu d'importance, François de Rugy vient d'apprendre à ses dépens que l'on n'est plus aujourd'hui dans la République des copains et des coquins. Les copains ont vite fait de détourner le regard quand les coquins se sont pris les pieds dans le pot de confiture bio. 

    

mercredi 10 juillet 2019

Anne Hidalgo, un second mandat assuré, merci qui ?

Il partait gagnant
Il avait pour lui le look, les style, l'expertise
et derrière lui les Parisiens.

On y a cru. Oui, la chose était possible:  enfin un maire original et transgressif capable de transformer l’image catastrophique de la capitale auprès de ceux qui y vivent autant que de ceux qui la fréquentent. La candidature à la Mairie de Paris du mathématicien vedette Cédric Villani soulevait déjà l’enthousiasme, autorisant tous les espoirs. 
Rendu certes célèbre par sa cravate La Vallière mais aussi par son discours pragmatique et raisonné, le député de l’Essonne pouvait même déjà y croire tant les sondages lui donnaient les meilleures chances de devenir la coqueluche des Parisiens. 
On pouvait presque déjà rêver, avec Cédric Villani à sa tête, de la formidable image de modernité que la capitale ne manquerait de donner à tous ceux qui, en France et ailleurs s'étaient sentis trahis par la politique de tri sélectif social menée, depuis cinq ans, par Anne Hidalgo

Sauf que tout cela n’aura jamais lieu. Le mathématicien génial est éliminé au profit d’arrangements entre amis qui nous ramènent vers les fâcheux travers de l’Ancien Monde. C’est au final Benjamin Griveaux, le recalé de tous les postes qui lui ont été confiés depuis deux ans qui sera censé être tête de liste face à la Maire actuelle.

La clope au bec et le diesel qui tourne dans la cour du
Ministère
Incorrigible, Benjamin Griveaux a l'art de le petite phrase
assassine. Ce n'est pas la meilleure façon de faire consensus 
Benjamin Griveaux est certes un des pionniers d’En Marche mais il n’a malheureusement pas toujours été au niveau, se signalant moins par ses résultats que par des petites phrases prétendument spirituelles comme celle relative aux ruraux « qui fument des clopes et roulent au diesel ». Loin d’avoir l’effet escompté, les remarques déplacées de Monsieur Griveaux n’ont guère servi sa popularité, si tant est qu’il en ait jamais eu une.

Indifférente aux sondages et au choix de ses propres troupes, la commission d’investiture de La REM vient de trancher. C’est Benjamin Griveaux, qu'elle a retenu. Elle sait que ce n'est plus du tout gagné face à Anne Hidalgo mais les principes l'ont emporté. On se croirait revenu 200 ans en arrière, au temps où les principes prévalaient, au nom du titre et de la naissance.

Ce soir, il y en a une qui se marre, qui se fend la poire, qui se dit que ça y est, c’est gagné pour un second mandat. Anne Hidalgo peut sabler le champagne et porter un toast en l’honneur du Président. Au même moment, dans les entrailles de la capitale, des millions de rats crient déjà victoire. Paris, pari perdu. Quel gâchis!  

Ouf! pour Anne Hidalgo, c'est grâce à La REM
l'assurance de 5 ans de plus à l'Hôtel-de-Ville.

       

jeudi 2 mai 2019

La REM, et maintenant rebondir

Les Gilets Jaunes, tout au moins ce qu’il en reste, n’ont pas apprécié les annonces du Président. Ce n’est pas un scoop, on le savait déjà même avant qu’Emmanuel Macron ne prenne la parole. La seule chose qui importait pour eux était qu’il accepte d'instaurer le RIC. Sachant que ce référendum n’a d’autre but affiché que la question de sa révocation, il était évident que le Président de la République n’allait pas céder à un diktat de la rue risquant de remettre en cause des fondements même de nos institutions. 

LFI ou l'art et la manière de rattraper le train en marche
Or, contrairement à ce que prétendent les Gilets Jaunes, il les a toutefois bien entendus et étudié leur revendication. Il y a même répondu en proposant d’assouplir les règles du RIP, ce référendum d’initiative partagé figurant dans la Constitution mais extrêmement difficile à mettre en place en raison du nombre bien trop élevé de signataires permettant d’enclencher sa procédure. Emmanuel Macron a proposé de ramener leur nombre jusqu’ici fixé à 4,5 millions à seulement 1 million. Ce chiffre tout à fait raisonnable va, on ne peut plus, dans le sens de la demande des Gilets Jaunes, même si vu leur si petit nombre, il leur faudra autrement argumenter pour attirer à eux des centaines de milliers de « référendosceptiques ». Le problème est que pour valider la mise en place du RIP, il est nécessaire d’obtenir en amont l’approbation d’au moins 185 députés ou sénateurs, ni plus ni moins que des élus de la République, une engeance qui donne des boutons de fièvre aux Gilets Jaunes. Ils n’en veulent pas parce que leur logiciel exige la mise en place d’une démocratie directe, c’est-à-dire sans élus, une "populocratie", en somme. Au cas où on l’aurait oublié, ils sont opposés à la démocratie dite représentative, c’est-à-dire qu’ils dénient à des élus même légitimes le droit de voter les lois à leur place. 
Dans l’esprit des Gilets Jaunes, il y a un exécutif, issu de l'oligarchie, qui propose et l’assemblée du peuple qui dispose par oui ou par non. On n'est pas vraiment dans la nuance. Nous sommes là dans un processus totalement nouveau, une liquidation pure et simple de la république telle que nous la vivons au profit d’un système qui, s’il est instauré, conduira de façon inéluctable à la désagrégation du pays et à la guerre civile. Les Français ont, pour une part, un a priori favorable envers les Gilets Jaunes en qui ils ont vu les porte-parole de leur propre détresse existentielle et financière mais sont-ils allés jusqu’à adhérer à leur projet de société ? Rien n’est moins sûr.

La France en Marche. Ce n'est surtout pas le moment de s'arrêter, malgré le
les pièges et la dure loi de l'infox
Le mouvement s’étiole inexorablement. Il faut être décidément dur d’oreille pour ne pas vouloir entendre les réponses que le gouvernement a déjà apportées ou sur lesquelles il continue de travailler. Peut-être n’est-il pas, non plus, inutile de rappeler à tous ceux qui lui ont reproché ce qu’ils ont perçu comme de l’arrogance et du mépris qu’Emmanuel Macron s’est livré, lors de sa conférence de presse, à un large mea culpa, souhaitant par-là retisser le lien rompu avec beaucoup de ses concitoyens. Faut-il y répondre par le mépris ? Ah ! le mépris ! cette spécificité française avec laquelle on traite tout ce qui semble contrarier un orgueil de classe bâtis dans les luttes, que l’on soit syndiqué ou de tradition bourgeoise. D’aucuns pourront dire qu’il a surtout convaincu les convaincus. Mais heureusement ! imaginons un instant qu’il ait déçu ses propres troupes. Est-il parvenu, pour autant, à ratisser plus large ? A entendre les oppositions, non. Le contraire eût été étonnant. Il existe cependant une frange d’indécis, ceux que l’on pourrait appeler les « swing voters », ceux-là mêmes qui font pencher la balance à droite ou à gauche. C’est de ce côté-là que l’horizon peut s’éclaircir pour le chef de l’Etat. La balle est dans son camp. Il apparaît déjà que le président peut désormais compter sur son socle de partisans, un pourcentage de 22 à 24% d’électeurs qui semble résister contre vents et marées.  

Ce socle manque toutefois de visibilité. Il est composite, sans assise, sans passé. Il s’est agrégé autour d’une vision rajeunie de la France, jouissant dans sa spontanéité d’une popularité explosive. La victoire d’En Marche s’est faite sur un espoir à la limite de l’irrationnel mais ses effets se sont rapidement dissipés faute de posséder l’appareil susceptible de la relayer et de l’entretenir. Comment comparer la toute jeune et inexpérimentée équipe de la République en Marche avec les cellules militantes communistes, socialistes ou gaullistes, parfaitement rodées depuis parfois cinq générations dans l’art de porter la parole des chefs auprès de la population, sans sourciller ni même arrière-pensée critique, autant au pouvoir que dans l’opposition. C’est surtout dans la difficulté et lorsque surgissent les problèmes qu’on apprécie d’ordinaire la faculté des adhérents d'un parti à manier les éléments de langage propres à faire avaler les pilules. 

En cas d'élection, il n'y a pas à faire la fine bouche.
Le marché est toujours l'endroit où il faut se montrer
La conquête du pouvoir par Emmanuel Macron a bénéficié d’un tel alignement des planètes qu’on a cru qu’après les six jours symboliques qui lui avaient permis de bâtir sa victoire, le septième lui aurait accordé un repos bien mérité. La grasse matinée n’a, cependant, guère duré et le répit espéré n’a pas eu lieu. C’est à ce moment que notre président, si brillamment élu, s’est retrouvé seul, faute d’avoir à sa disposition un appareil politique digne de ce nom avec ses instances nationales, départementales jusqu’à ses petites mains de terrain. N'oublions pas la presse, aucun journal qui ne soit prêt à défendre la politique du nouveau président. Aux USA, les Démocrates peuvent compter sur le soutien indéfectible du New-York Times et du Washington Post, les Républicains sur celui de Fox News. En France, même si les oppositions ont eu tôt fait de montrer du doigt la complicité des médias envers Emmanuel Macron, il suffit de parcourir la presse au quotidien pour se rendre compte qu'il ne dispose en fait d'aucun soutien inconditionnel de quelque journal que ce soit.

Malgré cela, la REM  a rallié beaucoup de monde, mais des gens mobilisés sur Internet sans se connaître les uns les autres. Apprendre à se connaître, à se reconnaître au sein de mêmes valeurs, à se mobiliser ensemble pour défendre un projet politique, ne pas hésiter à entrer dans la controverse et s’en nourrir, maîtriser l’argumentaire nécessaire face à des opposants organisés, distribuer des tracts en assénant les mots qu’il faut pour répondre aux  reproches, tel est le rôle du militant de base. 

Force est cependant d’admettre qu’après le triomphe de 2017, la situation s’est compliquée en 2 ans et que notre gouvernement n’est pas exempt d’erreurs de parcours. La faute à qui ? Uniquement par manque de maturité politique, par une sorte de fatuité ou du sentiment de toute puissance qu’offre le pouvoir, même en démocratie. Tous à la République en Marche viennent du Centre, de la droite ou de la gauche, ont même pour certains été encartés, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas des « rookies » en politique mais ils ont été incapables de trouver les mots justes pour répondre à la crise qui sourdait à l’automne dernier. Pour la bonne raison, et c’est peut-être le problème fondamental de la Macronie, que la culture politique de adhérents de la REM est multiple, parfois même contradictoire. Comment, en fait, trouver une harmonie positive entre un ancien militant du RPR et un ex du PS, unis certes sous la bannière d’Emmanuel Macron mais issus de cultures jusque-là totalement antagonistes. C’est un challenge mais il ne s’agît que d’une étape. Lors de sa campagne, Emmanuel Macron estimait, avec peut-être trop de confiance que la France était un bloc. Un raccourci trop facile. La France est divisée, fracturée, faute d’avoir profité de la décentralisation pour instaurer un Etat de type fédéral. Non, la France, cher Emmanuel n’est pas un bloc mais une mosaïque de blocs qui se côtoient, s’ignorent ou se méprisent les uns les autres. 
  
Le cas type de la décision imposée par Paris.
Une erreur de communication à l'origine d'une crise sociale qui n'en
finit plus.
Les Français ont tous en eux quelque chose de James Dean, d'Albert
Camus ou de Fernand Raynaud. C'est proprement dans leurs gênes.
Gouverner c’est prévoir, certes, mais la température du terrain est un indicateur indispensable à la mise en place de telle ou telle décision. Inutile de revenir sur la hausse de la Taxe Carbone alors que tout le monde, surtout dans nos campagnes, savait que les 80km/h étaient vécus comme une punition infligée par un pouvoir métropolitain qui profite des larges subventions accordées aux transports en commun, à une bande de péquenots aux semelles boueuses qui en sont encore à rouler dans de vieux diesels polluants. Lorsqu’Elisabeth Borne a annoncé devant Jean-Jacques Bourdin, avec toute la froide assurance d’une technocrate matricée par le discours monolithique du service public, moins au service du vrai public que de lui-même, que l’augmentation de la Taxe Carbone correspondait à une trajectoire qui en annonçait d’autres, il était patent qu’on courait à la catastrophe. 3 semaines plus tard, les Gilets Jaunes entamaient leur interminable périple. Ou est passée la République en Marche alors que la crise se profilait à grand pas ? Aux abonnés absents. Dans un contexte aussi tendu, les partis classiques auraient envoyé leurs militants expliquer le pourquoi du comment. Or, comme la plupart des Français, le petit monde de la Macronie a assisté, tétanisé, à l’éclosion spontanée de ce mouvement totalement improbable et protéiforme des Gilets Jaunes, pour la plupart des abstentionnistes invétérés soudain séduits par les charmes de la vie de la démocratie, qui s’est répandu comme une traînée de poudre à travers le pays. 

Chers amis de la République en Marche, le pire péché en politique est de douter de ses engagements, de ressentir un sentiment d’échec dès qu’il faut se frotter à des oppositions dont le discours est d’autant plus facilité qu’elles n’exercent aucun pouvoir. Cessons pour une fois de confondre la com. et la vraie vie. Il est vital que soit établie une porosité constante entre les lieux de décision et les oreilles au contact du terrain. 
La République en Marche a pour double rôle d’être d’un côté l’oreille du président à l’écoute de tout ce que peuvent dire les Français au sujet de la manière dont sont conduites les affaires du pays mais aussi son porte-voix pour expliquer et valoriser ses décisions.

Une chose est sûre, la Russie de Vladimir Poutine
fait partie du nouvel ADN du RN

La campagne des Européennes vient de commencer et une fois encore, ce sont des problèmes purement internes à la France qui risquent de se retrouver dans les urnes. Oublions Jean-Luc Mélenchon qui voulait faire de l’élection un référendum anti-Macron avant de se crasher lui-même mais on entend toutes les oppositions classiques ne pas dire autre chose. On veut se payer la tête de Macron envers et contre tout. Dans le registre des dépeceurs de la REM, le Rassemblement National gagne indiscutablement des points, apparaissant comme le parti qui profiterait, en fait, de toutes les mesures exigées par les Gilets Jaunes écartées par le Président, que ce soit le RIC ou la proportionnelle intégrale. Que d’égard envers Marine Le Pen, celle-là même qui s’est affiché avec Vladimir Poutine pour montrer à quel point sa vision de l’Europe dépend de ce qu’en a décidé le Kremlin. Elle a, à son crédit de n’avoir aucune responsabilité gouvernementale, de vivre en somme dans le confort de l’opposition dans un pays où celle-ci n’est pas muselée, contrairement à la Russie, un pays qui lui sert pourtant de modèle et d’appui. Elle n'est en France pas la seule à avoir les yeux rivés sur la Volga. La France Insoumise n'a jamais caché sa volonté de renégocier les Traités Européens pour faciliter un rapprochement avec la patrie du Bolchévisme. 


Les élections européennes se jouent à la proportionnelle pure, c’est-à-dire qu’à partir de 5% de voix, tous les partis auront des élus. Nous avons d’un côté les Européistes, qui pensent que les pays qui composent ce continent peuvent avoir un projet commun. Mais, nul n’ignore à moins de s’être téléporté vers les très inhospitalières Iles Mac Donald qu’il y a un moment où il faut entrer de plain pied dans le XXIème siècle. Si l’on en croit les défenseurs de l’Europe des frontières, tout irait pour le mieux, chacun derrière ses volets, s’observant de loin à travers ses persiennes, soupçonneux, pire, suspicieux. Une façon en somme de tirer un trait définitif sur le projet d'un continent enfin uni malgré sa formidable multiplicité linguistique et enfin capable de jouer d'égal à égal avec les 3 empires planétaires. 
    
Et dans tout cela, la République en Marche ? Européenne à « fond », surement mais qu’est-ce que la République en Marche pour l’Europe ? Aux grands maux, les grands remèdes comme à chaque fois. Face aux Nationalistes dont le seul but est de démanteler l’Union Européenne pour mieux l’inféoder aux velléités expansionnistes de Moscou auxquels tous les plus grands promoteurs de l’Europe des Nations n’ont pas caché leur allégeance, les Européistes convaincus vont devoir batailler ferme au Parlement Européen. Le Rassemblement National est persuadé que les électeurs français lui donneront suffisamment de légitimité pour abattre l’Union Européenne. Malgré leurs divisions, les Français accepteront-ils de se laisser manipuler par ceux qui, au nom du « populisme », instrumentalisent en fait le peuple au profit de leurs propres intérêts, bien éloignés des vraies causes nationales. C’est tout ce qu’il faut espérer même si nous sommes toujours au milieu du gué.

mercredi 26 décembre 2018

Noël, la trêve amère

C'est la belle nuit de Noël
La neige étend son manteau blanc....

Emmanuel Macron rêvait de faire revenir la France dans le concert des grandes nations. Il a cru que le peuple de son pays allait le suivre pour ajouter une nouvelle page à son roman national sous l'ombre glorieuse de ses  héros, Vercingétorix, Charlemagne, Bayard, Napoléon, Ce Gaulle. Peine perdue, la France ne croit plus en rien. Il n’y a plus de « rêve français », il n’y a plus qu’un drame existentiel. La grandeur de la France ne fait plus recette. Cette nation est devenue petite, smicarde et fière de cela. Le pays ne parvient plus à résorber ses fractures, il a repris le cours de sa chute, lente mais continue, jusqu’au gouffre du surendettement.

Il a totalement enterré l’esprit jadis consensuel du « 20 heures » de Poivre D’Arvor pour se dissoudre dans le contre miroir des chaînes d’info continue. Celles-ci ont trahi le fond au profit de la forme, forcées pour exister de courir vers le moindre évènement, afin d’en faire un sujet d’actualité. On a, en fait, confondu la rubrique des chiens écrasés avec le journalisme d’investigation, jetant aux orties la réflexion, le recul et l’approche critique. Tout est aujourd’hui dans l’immédiateté, la réactivité à la seconde. On n’échange plus, on s'invective. On ne débat plus, on récite des éléments de langage.

Ils sont certes loin les temps où les télés ne faisaient pas loi mais les fake-news et les théories du ne manquaient pas pour autant. 
On appelait cela la rumeur, la fameuse rumeur qui envoyait des soi-disant sorcières au bûcher, qui lynchait les noirs au Kentucky, qui s’en prenait aux minorités juives de Lituanie, boucs-émissaires faciles de tous les malheurs du monde. Les temps ont changé mais l’irrationnalité des sociétés en perte de repères conduit toujours à des débordements. Nous sommes certes passés à l’heure du numérique, des technologies les plus sophistiquées, de l’intelligence artificielle mais le nouveau monde qui sort du chapeau connaît des trous d'air. 

Avant de partir, il faudra bien te couvrir...
Il y a les gagnants, les fameux GAFA américains ou les Ali-Baba chinois, et il y a aussi les perdants, tous ceux qui sont trop isolés pour représenter un poids quelconque face aux géants de ces nouvelles technologies. Ceux-là sont infiltrées malgré eux par ces monstres numériques que ce soit par l’intermédiaire de leurs smartphones et leurs cartes bancaires. Ils sont contrôlés et surveillés où qui’ils soient présageant l’avènement d’un monde orwellien terrifiant. 
D’un côté, une poignée de génies de l’algorithme, capables de manipuler les individus jusque dans le plus intime de leur existence et de l’autre des milliards d’humains sous influence qu’on incite sans cesse à consommer tout et n’importe quoi, que ce soit des produits, de l’info, de l’intox, en fait peu de rêves, peu d’espoir, peu d’avenir.

Il reste cependant des lanceurs d’alerte, des gens qui ne s’en laissent pas compter et veulent garder les yeux ouverts. Les Gilets Jaunes auraient pu en faire partie, mais cette armée mexicaine est trop protéiforme pour faire corps. Ces gens doivent commencer à faire le ménage chez eux. Ils ont été infiltrés par des extrémistes qui ont bien compris que cette masse contestataire spongieuse serait un bon terreau pour y semer leurs idées. D’hétérogène, le mouvement s’est ainsi doucement cristallisé autour d’une idéologie d’extrême droite, anti-IVG, anti-Europe, anti-migrant, anti-République, anti-parlementaire, anti-démocratie. Le vandalisme, l’antisémitisme et le racisme qui progressent dans leurs rangs sont devenus les corollaires visibles du mouvement, agissant comme autant de signes de ralliement à une idéologie populiste fascisante. Qu’il y ait des fascistes parmi eux, bien évidemment qu’il y en a. Mais restera-t-il des Gilets Jaunes pour oser les affronter et les exclure de leurs rangs ? Il est à craindre que non. Les gentils « mickeys » n’ont guère de voix quand les hyènes se mettent à hurler.

Noël, on fait la paix jusqu'à demain
Les Gilets Jaunes adhèrent pour la plupart à la vision politique d’un Matteo Salvini ou d’un Viktor Orban. Il n’est plus exclus que l’Europe puisse basculer du côté des nationalistes et des populistes mais si cela s’avère vrai, que va-t-il advenir de la France ? On ne va pas effacer les déficits par un revers de main et il n’échappe plus à personne que le pays est, en raison de la gabegie de ses services publics le pire élève de la classe. En conclusion, dans une Europe des Nations, la solidarité risquant de ne pas être la norme, nos voisins ne mettront pas la main à la poche pour compenser nos facilités à sortir le carnet de chèques. On devra passer au régime eau et pain sec. 
Et en cas de révolte des affamés, l’armée sera appelée en renfort pour sécuriser les ronds-points et les péages. On peut dès lors imaginer le pire : baisse des retraites de 30%, baisse d’autant des salaires, hausse de la TVA à 25%, hausse de 15% du carburant, baisse de 50% des APL, et tout le monde fermera sa gueule. Le temps sera venu pour beaucoup d’entre nous de tenter la traversée jusqu’aux « White Cliffs of Dover »

Alors, une trêve pour Noël ? La France est comme la dinde, farcie aux aides sociales, cuite aux prélèvements fiscaux, bonne à se faire désosser sur l’autel des déficits afin de finir à la poubelle des promesses perdues. Allez, ne dramatisons pas, « C’est la Vie » comme disait Florence Bates (Mrs Van Hopper) dans Rebecca (A. Hitcock, 1940). 

lundi 17 décembre 2018

Et si on refaisait la Présidentielle demain, l’heureux.se élu.e serait....?


Le sondage IFOP paru le dimanche 16 décembre dans le JDD réactualise l’élection présidentielle de l’année dernière, et il y en a qui peuvent se poser des questions.

Si on refaisait aujourd'hui l'élection de 2017
Qui sortirait du chapeau ?
Ce sondage reprend en premier lieu les scores des candidats de 2017, établissant une comparaison avec ce qu’ils auraient été si l’élection avait lieu aujourd’hui. Rien d’étonnant, François Fillon serait dans les choux. Après le Pénélopegate qui avait déjà plombé sa campagne, les mois qui ont passé n’ont pas joué en sa faveur et le plaider coupable de Marc Ladret de la Charrière, ex-employeur malgré lui de son épouse a fini d’enfoncer le clou. Donc exit.

Au moins là, tout est clair
Finie l'UE, bienvenue à la Francorussie
Il n’y a rien d’étonnant à ce que Marine Le Pen capitalise des voix suite à la mobilisation des Gilets Jaunes tant ils sont en majorité favorables à la plupart de ses propositions politiques dont notamment le fameux RIC (proposition n°5 du programme du Rassemblement National). Le grand perdant dans cette affaire est Jean-Luc Mélenchon (-6%) qui voit fuir les 2/3 de ses électeurs. Son mouvement semble avoir fait les mauvais choix après une période d'euphorie. Il marque incontestablement le pas à force de confondre doctrine et opportunisme. Malgré leur soutien médiatique appuyé, les discours misérabilistes de François Ruffin, n'y ont pas changé grand chose. D’ailleurs, il s’est fait d’un coup discret, conscient que les Insoumis pourraient passer à la trappe. Du côté de Benoit Hamon, un léger mieux, il prend des voix à Mélenchon, son discours apaisé semblant mieux convenir à une partie de la gauche désorientée par les outrances du député de la Canebière. Mais on reste toutefois dans le "gruppetto" des loosers, d'autant plus que la gauche traditionnelle s'est depuis fracturée entre Benoit Hamon lui-même avec son mouvement Génération.s et ses anciens collègues restés au PS, devenu un parti croupion pour ne pas dire moribond.

Copains comme cochons
Il y en a aussi un qui marque des points, Nicolas Dupont-Aignan. Le rabatteur désigné du Rassemblement National se fait sa petite place dans le giron de la droite radicale. Il conserve toujours l’espoir de devenir le premier ministre de Marine présidente, faisant preuve, pour cela, d’un zèle incontestable.

Les petits candidats resteraient, quant à eux, cantonnés dans leur insignifiance. L’extrême gauche ne parviendrait toujours pas à émerger de son indigence électorale tandis que M. François Asselineau, dont on connaît l’obstination à vouloir faire sortir la France de l’Union Européenne, ce qu'il a appelé le Frexit, stagne malgré toute l’énergie que lui et ses acolytes déploient pour démontrer que la France vivrait mieux seule, emmuraillée derrière ses frontières,à l'abri des Tartares. Pure fantaisie, nul n’est dupe de ses règles de trois absconces, que dis-je plutôt, de son égocentrisme narcissique. 

Restent maintenant les deux qualifiés pour le second tour, la pimpante Marine et le gringalet que le grand capitalisme voulait sauver envers et contre tout, le "Private" Macron. Cher cousin, vous avez dit bizarre ? Moi, j’ai dit bizarre, comme c'est étrange ! En effet, celui dont le monde des ronds-points veut la tête en haut d'une pique, celui-là même que l’on monte en effigie à la guillotine, que l’on veut voir dégager, ce ci-devant qui n'a que mépris pour son peuple , qui se nourrit d'une arrogance qui aurait fait passer Louis XIV lui-même, pour un monarque empathique et plein d'humilité, le voilà qui fait jeu égal avec la petite mère des peuples, la tsarine aux cheveux d'or.

Dans la seconde partie du sondage, François Fillon, désormais hors course, cède la place à Laurent Wauquiez. Et là, c’est le bouillon pour Les Républicains. Il faut dire que Monsieur Wauquiez a de quoi systématiquement désarçonner son auditoire, même ses plus addicts. Un jour, il s’affiche en Gilet Jaune, et le lendemain il a déjà oublié ce qu'il a mangé la veille. J’y pense et puis j’oublie, c’est la vie, c’est la vie. On comprend certes qu'il soit proche du burn-out en raison d'un trop plein de mandats, sauf qu'à la Préfecture de Haute-Loire, le parka rouge n'est plus le bienvenu. Et vers qui se tournent les déserteurs de Wauquiez, devinez ! Marine ?  Eh ! non, en majorité ils vont vers celui dont les Gilets Jaunes veulent la tête, Manu le mal-aimé.

Laurent Wauquiez :"Gilet Jaune, moi jamais!"
Si l’on tient compte des reports de voix et même si la droite dure peut compter au second tour sur quelques alliés de circonstance comme Debout la France et l’UPR, et si, de son côté, la gauche radicale s’abstient en partie, incapable de choisir entre la peste brune et la lèpre libérale, la France penchera envers et malgré eux du côté de la raison, évitant à la fois l’aventure vénézuélienne et l’hiver russe. Les Français auront, peut-être à tort, opté pour un monde imparfait et bourré de défauts mais ils auront surtout choisi de rester dans l’Europe, l’Euro et l’OTAN.

Deux absents cependant du débat: l'UDI de Jean-Christophe Lagarde et les écologistes. Pour les centristes, l'heure serait à l'émancipation tant il apparaît que Les Républicains qu'ils avaient rejoints lors des  Présidentielles sont devenus depuis un boulet. Mais quel pourcentage représenteraient-ils ? Quant aux écologistes, ils espèrent que les Européennes vont les remettre en selle mais on se demande toutefois quel espace politique ils peuvent encore occuper. En final, La République en Marche est certes affaiblie dans les sondages mais il faut surtout voir là, une remise à niveau de son socle primitif, celui qui a constitué la base électorale d'Emmanuel Macron au premier tour de la Présidentielle. Il est plus que probable qu'il ne s'effritera pas. En fait, même si les Gilets Jaunes servent de porte-voix à un malaise lancinant qui mine la France depuis de nombreuses années, le fait qu'ils ciblent le Président de la République peut se justifier par ce qu'ils estiment être une trahison de la part de celui qui a été le grand initiateur du dégagisme et de la ringardisation du bipartisme séculaire. La déception est à la hauteur de l'attente des résultats.

Une adresse au gouvernement : finissez-en avec la langue de bois, les gens ont horreur qu'on les caresse dans le sens du poil si c'est pour les endormir. On n'est plus sous François Hollande. Quand vous recevez de votre banque votre relevé de comptes, vous savez au centime près ce que vous avez gagné et dépensé, pour qui et pour quoi. Les Français ont besoin tous les mois de recevoir le relevé de comptes de leur pays. C'est leur droit fondamental en tant que citoyen et surtout contributeur. Le fait, en revanche, de taire les choses provoque un effet de rejet et nourrit le complotisme sous prétexte qu'on "leur cache quelque chose".

Emmanuel Macron accueillant les migrants par millions (Fake News!)
Illustration détournée du Pacte de Marrakech tant dénoncé par le Rassemblement National.
Non, ce n'est pas du racisme mais on ne veut plus de Noirs chez nous.
En conclusion, Emmanuel Macron est réélu. Marine peut revoir sa copie. Encore raté.
Quant aux Gilets Jaunes, qu'ils forment vite un parti, sans quoi, pour eux, ce sera la fin des haricots. 






mercredi 28 novembre 2018

Les démagos montent au créneau

Et si l'Elysée et Matignon étaient bientôt à eux,

Depuis 18 mois, les bonnes vieilles oppositions (au sens propre comme au figuré), de gauche comme de droite, peinaient à se faire entendre, groggy depuis qu’une masse indifférenciée de jouvenceaux issue de la République En Marche leur avait scandaleusement piqué leurs fauteuils de notables à l’Assemblée. Mais la vengeance étant un plat qui se mange froid, les usurpateurs du pouvoir ne perdraient rien pour attendre.

Pour quoi? Pour qui?
Et voilà qu’une jacquerie sourd dans les territoires lointains, arborant un gilet jaune et des slogans tous azimuts dont la suppression des taxes sur le carburant. Enfin, l’occasion rêvée de se refaire une santé. Pour les Wauquiez, Dupont-Aignan, Le Pen et autres Ruffin (Mélenchon étant symboliquement mort le 16 octobre avec les hirondelles), il y a enfin du grain à moudre. Ces gens qui n’ont jamais eu que de  la condescendance pour les ploucs, les provinciaux bas du front, les « hillbillies » attachés à leur l’arbre, trop bouseux pour intégrer la société urbanisée, connectée et intello-bobo dont eux-mêmes sont les plus dignes représentants, les voilà qui s’empressent de récupérer à leur profit la protestation.  Monsieur Wauquiez se pare d'un gilet jaune pour faire peuple, lui, le rejeton le plus significatif de l’élite énarchique ; Monsieur Dupont-Aignan récupère le mouvement en jouant au prince qui jette des pièces d’argent aux manants par la fenêtre de son carrosse ; Madame Marine Le Pen compte les points en buvant du petit lait comme si on avait oublié un fameux débat au cours duquel elle a fait preuve d’une incompétence crasse en matière de projet politique ; Madame Marion Maréchal, qui elle, s’est mêlée sur les Champs Elysées à ses amis de l’ultra-droite, n’a pas assez de mots pour vilipender la catastrophe démocratique, posant les jalons de son projet d’installer un régime autoritaire pour lequel elle peut imaginer que les Français seront bientôt murs. Reste Monsieur Ruffin, expert en misérabilisme, citant l’éternel exemple de l’assistante maternelle qui travaille 60 heures par semaine pour 800 Euros mensuels ou de la retraitée qui gagne 500 Euros par mois alors que le minimum vieillesse s’élève à 803 Euros, fake news ! Nous voyons bien que tous ces "people" ne sont que des opportunistes, surfant sur les mécontentements pour en tirer les ficelles à leur bénéfice. Reste François Hollande, le champion de la reculade, le roi de l’atermoiement. Il joue les innocents omettant de rappeler que la mise en place de la Taxe Carbone, c’est lui. Mais en fin refileur de patate chaude, il s’est arrangé pour que ce soit sous son successeur qu'elle soit appliquée. Malinx, le lynx!

Les inventeurs de la Taxe Carbone
En 2009, ça paraissait loin. Sauf qu'on y est arrivé

Maintenant, Mesdames et Messieurs les Gilets Jaunes, prenez garde à ne pas vous laisser embarquer dans des projets radicaux visant à ébranler les fondements de la République. Il y en a qui ont bien compris qu’ils pourront aisément vous manipuler du fait de votre manque d’expérience politique. Votre louable sincérité et votre ignorance des arcanes du monde politique vous rendent perméables aux slogans bien rodés des agitateurs professionnels, complotistes, activistes de la fachosphère ou issus de l’ultra-gauche staliniste. On constate déjà que le mouvement s’éloigne de ses revendications d’origine pour chercher à renverser le régime, réclamant l’ « impeachment » du président et la dissolution de l’Assemblée Nationale. 

De là, la mise en place de nouvelles élections et la victoire promise au Rassemblement National ou aux Républicains. Mais pour quelle politique ? Une chasse musclée aux migrants (tiens, c’est bizarre, on n’en parle plus de ces indésirables) ; la suppression des taxes sur le carburant qui sera remplacée par une hausse de 2% de la TVA, plus juste en effet (une promesse du programme Fillon) ; le retour aux 90 km/ h sur les départementales (un coup de pouce à la mortalité routière) ; l’abandon de la hausse du tabac ; le maintien de la centrale de Fessenheim et des centrales à charbon, la réduction du programme éolien (celui-ci défigurant le paysage) ; le retour de l’ISF (oui si c’est le RN, non si ce sont les Républicains) pour faire plaisir à ceux qui ne payent pas d’impôt mais qui aiment bien que les autres en payent; le retour des emplois aidés (pas sur du tout) ; la suppression des allocations familiales pour les immigrés (même s’ils cotisent), la suppression de l’AME ; la suppression de 100 000 fonctionnaires à l’année (programme Fillon), comme ça, à l'arrache : 'toi là-bas, dehors! toi aussi, dehors! Fired! Fired! Fired!', quel plaisir, tous ces gens virés ; le dépassement obligatoire des 3% de déficit annuel (RN) et pour corollaire la remise en cause de la contribution de la France à l’Union Européenne ; des mesures urgentes pour la hausse du pouvoir d’achat, soit la suppression de l’augmentation de la CSG, le retour de la Taxe d’Habitation, la réindexation des retraites sur le coût de la vie, et pour le Noël des enfants, un chèque sans provision ; pour l écologie, "quoi ! l’écologie, elle nous emmerde l’écologie, c’est un truc de riches pour faire payer les pauvres", donc rien. 

Au final, peu de choses, pas de baisse des charges, pas de baisses des impôts, pas de relance économique, des chômeurs en moins mais pour des emplois pris en charge par l’Etat et payés par des caisses vides, la France de Hollande puissance 10. Et pour conclure, un creusement de la dette et une nouvelle patate chaude adressée de la génération d’après. A quoi cela sert-il de parler vrai lorsqu’on accorde plus de crédit au mensonge.

Macron a hérité d’un pays qui s’est fourvoyé depuis des décennies dans une impasse, se voilant le visage dans l’espoir d’improbables lendemains qui chantent. On navigue à présent dans un populisme assumé, marchant tout droit vers l'instauration d'un régime fort, contre lequel toute opposition sera qualifiée de séditieuse. Cela a fonctionné un temps au siècle dernier, mais l'illusion n'a tenu qu'un moment. Souhaite-t-on refaire le film des années brunes? Il est, en revanche, étrange que le monde désenclavé d’aujourd’hui et la mondialisation sauvage que nous dénonçons tous ne nous interpellent pas davantage, dès lors qu'il s'agit de remplir les caddies de produits à bas prix, venus de pays où règnent l’exploitation des enfants et la misère sociale. Mais la plupart de nos concitoyens ne sait même pas ce que c’est que payer des impôts. Vous voulez du pouvoir d’achat, prenez-vous en Sarkozy et Hollande, c’est au cours de leur quinquennat que celui-ci a baissé de façon drastique.

Gilets Jaunes, acte V
"Marion Maréchal, nous voilà !"
Les démagos ont le vent en poupe, très bien, qu’ils viennent au pouvoir puisque c’est ce que les Français réclament. Mais lorsque le pays sera vraiment au fond du trou, que ces gens qui savent si bien geindre sans sortir les mains de leur poche, ne viennent pas dire « quand la bise sera venu » qu’ils ne savaient pas.

Mon top 50 des meilleures chansons du moment

Philippe Martinez : un arrière-goût de lutte finale

                Le moins que l’on puisse dire est que le bras de fer qui oppose régulièrement le gouvernement et la CGT atteint là son p...