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vendredi 5 avril 2019

Vivu a Corsica libera !


Admettons que par lassitude, le gouvernement français accepte d'organiser un référendum, en quelque sorte un RIC d’Etat sur l’indépendance de la Corse. A force d'être molesté par les Nationalistes insulaires qui s'ingénient à mordre la main qui nourrit leurs deux départements, l’exécutif décide d’en finir d’être la vache à lait et propose aux Corses de quitter, s'ils le souhaitent, la République après 250 ans d'une vie commune parfois chaotique. 

La Corse selon l'imagerie traditionnelle
Une vocation essentiellement agricole
Nos amis Corses, si tant est qu’ils apprécient la qualificatif, n’ont jamais évolué, depuis l’Antiquité, qu’au gré des dominations des divers empires. Soumise à l’influence étrusque puis à celle des Massaliotes, leur île passe de là aux mains des Romains qui ne font pas dans la dentelle pour y asseoir leur  autorité. Devenue chrétienne avant d’être envahie par les Vandales descendus de Germanie puis les Sarrazins, elle se retrouve au XIème siècle sous l’autorité du pape Grégoire VII qui jugeant le cadeau encombrant la cède à l’évêque de Pise. 
Devenue de la sorte l’enjeu des deux puissances régionales que sont les Républiques de Gênes et de Pise, le pape choisit de mettre fin aux rivalités en partageant l’île en deux. Une décision désastreuse qui fait bientôt de la Corse l’objet de telles querelles que le pape, toujours lui, décide en 1284 de calmer tout le monde en cédant la Corse au roi d’Aragon. Erreur bien évidemment fatale. S’estimant floués, Pisans et Gênois déclarent la guerre aux Aragonais. 
En conclusion de ces hostilités aussi épuisantes que dérisoires, les Gênois finissent par obtenir officiellement en 1347 la pleine propriété de l’île. En apparence, seulement, car les Espagnols ne lâchent pas facilement le morceau. Après des siècles d’instabilité chronique marquée par les dominations successives de la République de Gênes, du Duché de Milan, puis du Royaume de France, la Corse repasse en 1559 sous la coupe des Génois qui lui font payer cher ses velléités d’émancipation.

Un patrimoine médiéval fortement marqué par les influences-génoises
L’île tombe pendant près de deux siècles sous le joug de la République ligure qui y établit une véritable tyrannie, réprimant avec férocité la moindre contestation. A l’aube du XVIIIème siècle, la France qui brille alors de mille feux sous les rayons du Roi Soleil tourne de nouveau ses regards vers la Corse, y voyant en Méditerranée la prochaine étape de son aventure expansionniste. 
Baillônnés du temps de la République de Gênes, les Corses se réveillent soudain en voyant les intérêts français menacer de prendre position sur leur île. Ce sont alors des escarmouches, des batailles rangées et des martyrs dont les Gaffori et un héros en herbe Pascal Paoli, impuissant malgré tout face aux Français qui en 1768 deviennent les nouveaux maîtres des lieux. Héros, Pascal Paoli en fût un, en effet, adulé par la Convention jusqu’à ce qu’il fût acquis qu’il avait voulu céder la Corse aux Anglais reconnaissant George III comme roi de l’île. 
L’accession de Napoléon au titre d’Empereur changera d’un coup l’image rebelle de la Corse au profit d’une symbolique de l'Etat à double tranchant. A la fois génétrice du personnage le plus emblématique de l’Histoire de France et enfant terrible d’une nouvelle nation en construction, la Corse ne manque ni d’arguments ni de prétentions. Petite île de culture latine à l’instar de sa voisine la Sardaigne et au-delà la Sicile, elle revendique de façon presque insolente son insularité face à la puissance continentale dont elle constitue le 20ème département, un peu à la manière de la grenouille de la fable. 

Les falaises de Bonifacio
Heureusement que la France est là pour préserver le paysage. Une indépendance sonnerait la fin de la sanctuarisation du littoral 
Les Nationalistes et autres Indépendantistes qui dominent à présent l’Assemblée territoriale souhaiteraient bien sûr sceller leur traité de divorce avec cette France qu’ils détestent et qui ne leur apporte selon eux que misère et déclassement. La Sardaigne, si proche, jouit effectivement d’une réelle autonomie mais c’est pour cette dernière sur le terrain de l’économie que se situe la priorité, de manière à rendre son territoire reconnu pour ingrat plus attractif pour les investisseurs et y développer les entreprises. 
On a le sentiment que ce n’est pas le même son de cloche en Corse où l'économie s'efface derrière ce qui semble la priorité absolue, en l’occurrence le rôle identitaire et de la langue, disons plutôt un dialecte issu du moule italo-roman à l'instar de la multiplicité des parlers régionaux qui font à la fois l'unité culturelle de la péninsule et sa diversité. 

La Corse, une carte postale qui sans les contributions financières de la métropole
serait classée entre l'Albanie et le Montenegro
Les élus nationalistes ont décidé de boycotter le débat prévu sur leurs terres par le président de la République, lui reprochant son trop plein d'arrogance, l’invitant, en revanche, à s'expliquer au siège de leur assemblée. Outrecuidance ou maladresse? A chacun selon ses convictions et la mauvaise foi qui les sous tend. En serions-nous tombés si bas dans ce pays que son président doive à présent rendre des comptes devant une autorité locale tel un justiciable lambda ! On s'est déjà habitué à ce qu'il n'ait plus de prénom comme avant lui le ci-devant Capet mais alors qu'il a déjà fait acte de contrition à propos de la colonisation, faudrait-il à présent qu'il soit flagellé pour n'avoir pas érigé un monument à la gloire d'Yvan Colonna, le divrezhonek emsaver de Cargese. Peut-être devrait-il aussi être traduit devant un tribunal de gens masqués ? Pour le coup, l'arrogance a changé de camp ! Nul ne souhaite certainement raviver les conflits larvés des années 80 et 90 et revivre les tristes nuits bleues, les fusillades et autres règlements de compte mais pourquoi ne pas aller vers une solution radicale et en finir avec les discours ambigüs ou les non-dits. Un référendum, pourquoi pas,après tout.

On sait qu’en ces temps de révolte où l'on s'en prend à l'indigence des retraites et à l'effondrement du pouvoir d’achat, les Corses feraient bien de quitter la France si pour eux l’avenir sera plus radieux dans l’entre-soi.
S’il s’agit, une bonne fois pour toutes, de clore cette interminable liste de griefs envers les colons du continent, qu’on organise enfin ce référendum sur l’avenir de la Corse et posons pour de bon la question franche et directe : Etes-vous oui ou non pour l’indépendance de la Corse ? 
Il n’est pas nécessaire d’être devin pour anticiper le résultat du vote : en France 68% en faveur de l’indépendance de l’île, en Corse 46% seulement pour l’indépendance. 
Un vrai dilemme cornélien ? Pas tant que cela, juste la preuve que les Français estiment en majorité que la Corse est un caillou dans leur chaussure et qu'il vaut mieux s'en débarrasser tandis que les habitants de l’île considèrent que les indépendantistes sont si obsédés par leurs revendications identitaires xénophobes qu’ils en ont perdu la notion des réalités, omettant mal à propos toutes les aides, subventions, allocations et avantages fiscaux accordés par la France. 

Avant le niqab, c'était aux hommes d'avancer masqués.
Une preuve de la lâcheté dont l'espèce humaine
 sait se rendre coupable quand elle pend haut et court des innocents du fait
de leur non-consanguinité
La Corse indépendante ? Chiche, comme dirait notre président. L’Ile de Beauté pourrait ainsi devenir le nouveau repère des milliardaires russes, chinois ou saoudiens aussi bien qu’un paradis fiscal en Méditerranée, peu regardant en matière de moralité, histoire de faire affluer les capitaux qui lui manquent tant pour dynamiser son économie. L’Anglais ou le Globish y deviendraient ainsi les langues les plus courantes au détriment du Corsu tandis que pour attirer les dollars, il faudrait nécessairement s’affranchir des engagements de la COP 21 en matière de protection de l’environnement et laisser le béton des oligarques chasser les paillottes. 

On n’en est pas encore là, fort heureusement et gageons que le statu-quo actuel dont profitent largement les autonomistes et les indépendantistes a encore de beaux jours devant lui. 
Et pour nous consoler de tous ces malheurs, pourquoi ne pas partager ensemble un bon lonzu et se griller des figatelli accompagnées d’un revigorant casteddu de Sartène, c’est toujours ça que les Chinois n’auront pas.
 

dimanche 16 décembre 2018

Narbonne, le syndrome du Dr Ferroul


Mai 1907  - la révolte des vignerons
Le Docteur Ernest Ferroul haranguant la foule

C’est le 5 mai 1907 que commence à Narbonne la révolte des vignerons. Dans une région dont la main d’œuvre est presque essentiellement dédiée à la viticulture, l’importation massive de vins peu coûteux en provenance d’Algérie et la concurrence déloyale de vins trafiqués provoquent une crise sans précédent. Les cours s’effondrent, l’emploi est directement menacé. Soutenus par le Docteur Ernest Ferroul, maire de la ville, près de 80 000 vignerons se rassemblent à Narbonne pour défendre leur cause. Le mouvement s’étend vite à l’Hérault, provoquant des manifestations d’une ampleur sans précédent depuis le début de la 3ème République.

Gilets Jaunes avant l'heure
Le gouvernement ne répondant pas, le mouvement se prononce pour la désobéissance civique, encouragé par les maires de plus de 400 communes du Languedoc-Roussillon Les drapeaux tricolores font place aux drapeaux noirs. Clemenceau, alors Président du Conseil, traite d’abord la révolte avec mépris avant d’envoyer l’armée pour la mâter. Les organisateurs des comités viticoles sont arrêtés, ce qui provoque la colère des manifestants jusque là pacifiques. Le 19 juin à Narbonne, la sous-préfecture est prise d’assaut. Des barricades sont élevées. En réponse, l’armée tire sur la foule. On compte deux morts dont un garçon de 14 ans. Le lendemain, c’est de nouveau la confusion. Débordée, l’armée reçoit, une fois encore, l’ordre de tirer sur la foule. On dénombre 5 morts (dont Cécile Bourrel, une jeune fille de 20 ans) et plus de 30 blessés. L’émotion suscitée par ces évènements met un terme aux manifestations mais il faudra attendre 2 mois et la force de persuasion de Jaurès avant que la Chambre des Députés adopte le décret attendu pour sortir de la crise.

La réponse de Clemenceau aux manifestants
Le Nord face au Sud, les cicatrices du passé toujours prêtes à se rouvrir
Il y a tout juste un mois, j’ai croisé un couple de touristes du côté des Barques. Ils cherchaient la direction de la  cathédrale. Ils ne m’ont pas caché qu’ils étaient impressionnés par le calme radieux de la ville. Le mot était juste. La lumière diaphane du matin et le silence qui régnait à cette heure sur les quais de la Robine conféraient au cœur de la ville un air de paix et de douceur presque intemporel.   

Mais depuis, les Gilets Jaunes sont passés par là. Et ils ont le sang chaud à Narbonne. 3000 manifestants il y a 3 semaines dans une ville d’à peine plus de 50 000 habitants, ce n’est pas banal. On n’y est jamais loin de la crise vigneronne de 1907. On a encore en mémoire la fusillade du pont de Montredon en 1976 et les importantes manifestations des viticulteurs l’année dernière. Le secteur est régulièrement en crise, concurrencé par les citernes clandestines de vin espagnol bon marché dopé aux pesticides. Les vins trafiqués, toujours et encore. Les CAV s’efforcent de veiller au grain mais les autorités ferment les yeux. Alors, il n’y a jamais qu’un pas à franchir pour que les Narbonnais s’enflamment à nouveau. Le prix à la pompe, par exemple.

Ici, la majorité des véhicules arbore un gilet jaune sur le tableau de bord. L’ambiance est à la solidarité. On soutient les Gilets Jaunes. Mais le mouvement bon enfant du début a changé avec la liste de ses revendications. La guillotine érigée à la barrière de Croix Sud maculée de peinture rouge symbolisant le sang du président Macron en apprend sur la haine qui anime l'esprit de certains. Il y a aussi des fauves parmi les Gilets Jaunes. Et pourtant, nous sommes loin de l’époque où le gouvernement faisait tirer sur la foule, même si on évoque à tout bout de champ les violences policières gratuites. Les Forces de l’Ordre seraient plutôt à féliciter pour leur sang-froid. 

La violence, on la retrouve aussi à Narbonne. Et elle finira par discréditer les Gilets Jaunes. Le député Alain Péréa de la REM les a exhorté à fonder un vrai mouvement politique pour faire valoir leurs idées et, qui sait, gagner le vote des Français après avoir gagné leur coeur. Un appel manifestement resté lettre morte. Pas plus tard qu'hier matin, on a mis le feu à une vingtaine des voitures de la Concession Renault, route de Perpignan. Le péage de Narbonne sud a été incendié pour la seconde fois. Hier soir, les cars de Gendarmes Mobiles tentaient de calmer les GJ au rond-point de l'Amphore. Un filtrage policier avait été mis en place à Carrefour Bonne Source, suite à des débordements. Un climat délétère régnait en ville.

Narbonne  - le Canal de la Robine en Automne
Je crois qu’il est temps d’aller faire un tour le long de la Robine, histoire d'oublier un peu. Zut! il pleut.

mardi 13 novembre 2018

Philippe Pétain, la cicatrice indélébile


Peut-on dissocier le « Vainqueur de Verdun » du « vaincu de Montoire ». On le voudrait peut-être mais cela parait impossible. L’officier bleu horizon à la moustache grisonnante et le maréchal de France à la moustache blanchissante ne sont bien qu’un seul et même homme :  un militaire longtemps discret grisé par une popularité venue sur le tard. Jugé trop prudent à la fin de la guerre pour être nommé commandant en chef de l’armée, souvent rattaché au camp des défaitistes, Pétain respectait davantage ses hommes qu’il ne leur faisait confiance, persuadé que l’ennemi serait toujours supérieur. 

Pétain, le défaitisme, le déshonneur, la collaboration 
En juin 1940, alors que l’armée allemande déferlait sur le Nord de la France, il déclarait dans un grand élan de défaitisme que notre pays s'accommoderait fort bien d'être occupé par une puissance étrangère. Quel belle preuve de patriotisme. Sa précipitation  à entériner la victoire allemande, sans réel combat, ne peut que laisser planer un doute sur la sincérité réelle du personnage. Pétain ne cachait pas son admiration pour Franco et  le régime autoritaire qu'il venait d'installer en Espagne. Est-ce pour cette raison qu'il s'est livré à une compromission que le temps ne pourra jamais pardonner. Militaire controversé, il s’est donc avéré piètre politique. Il a brisé pour des décennies l’unité nationale en jugeant plus judicieuse la collaboration avec le nazisme que la résistance à un occupant honnis. Il s’est fait le complice de crimes imprescriptibles contre l’humanité. Héros déchu, ses étoiles acquises lors de la Première Guerre Mondiale se sont éteintes à jamais au cours de la suivante. On n’a certes pas à juger l’histoire mais rien n’interdit de faire le procès d’un homme, surtout quand celui-ci a profité du respect dont il jouissait auprès de tout un peuple pour le trahir. Il a prétendu faire don de sa personne à la France alors qu’il a, au contraire, obligé son pays à pactiser avec une des pires idéologies que la civilisation humaine ait engendrées.


Guillaume II, empereur d'Allemagne en exil
Il a toujours dit non à Hitler 
Etrange paradoxe, l’empereur Guillaume II, condamné à l’exil après la défaite de l’Allemagne, vivant depuis reclus dans une petite villa de Hollande n’accepta jamais de légitimer Adolphe Hitler malgré toutes les pressions exercées par le pouvoir nazi et les personnes influentes de son courage. Une fois n’est pas coutume, rendons hommage à l’honnêteté de celui qui, bien que condamné à supporter la honte de la défaite refusa jusqu’à son dernier souffle une réhabilitation qu’il jugeait incompatible avec son respect pour les traditions et l’âme même de son pays.

C’est, au contraire, un des héros de la France victorieuse qui allait faire le choix méprisable de serrer la main d’Adolphe Hitler et d’en devenir le valet zélé.

Mon top 50 des meilleures chansons du moment

Philippe Martinez : un arrière-goût de lutte finale

                Le moins que l’on puisse dire est que le bras de fer qui oppose régulièrement le gouvernement et la CGT atteint là son p...